" J'ai dégagé vivement" mon bras" et j'ai crié de toutes mes forces: va t'en!, avec l'espoir affreux de blesser mortellement Hémon.
J'ai couru ensuite en aveugle le temps de quelques foulées et Hémon ne m'a pas suivie.
J'ai réussi, je suis toute seule, la triste pleureuse que personne ne comprend. [...]
Sur la route il n'y a que moi, il n'y a plus que rien. [...]
Je voudrais tomber et pourtant je ne tombe pas [...]
Cette route est la pire de toutes celles que j'ai dû parcourir, je suis à bout de forces, je me traîne, je n'avance plus qu'à peine mais persiste en moi ce fond de vigueur indésirée qui me force encore à marcher. [...]
Tout au bout du chemin je vois le grand corps d'Hémon qui m'attand anxieusement devant la porte. Je n'ai plus la force de crier mais ce n'est pas nécessaire [...]
Il est là, il me serre dans ses bras, je pleure franchement, je n'ai plus honte de mes larmes. Je crie, j'ose laisser sortir de moi ma colère et ma peur. [...]
Hémon me soutient,m'embrasse, m'enlève [...]
Je suis cette créature affolée qui hurle. [...]
Je danse pour ce que j'aime et ce que je n'aime pas, pour ceux que je connais et ceux que je ne connaîtrais jamais [...] Enfin je ne danse plus pour personne et, de toutes mes forces, je célèbre l'existance. [...]
Je quitte celle qui danse et je deviens celle qui s'élève et grandit dans un effrayant mouvement d'allégresse.[...]
Je suis obscure, je suis lumière, je ne suis rien, je ne suis plus rien et du haut du grand arbre du ciel, j'aperçois mon Antigone terrestre [...]
Alors mon périple ailé, mon amoureux ascension, sans se dissiper, n'est plus. Se transforme en rêve, en rivage heureux, en désir du sommeil profond où rejoignant le corps de l'autre, je m'endors. "



